
Vous commenterez, à la manière de Warren Buffet, cette affirmation d'un grand banquier d'affaires...
Vous pourrez utiliser des exemples vécus, traités confidentiellement, qui illustrent cet adage toujours d'actualité.
Comptes des PME : La vérité si je mens.. !
Notre activité de conseil en M&A de PME fait des comptes des sociétés notre pain quotidien. Chaque semaine, nous recevons et analysons les comptes de nombreuses PME françaises, celles de nos clients, de nos prospects ou plus généralement des cibles potentielles de nos clients.
A notre échelle, le document de base est la liasse fiscale, éventuellement complétée par les comptes détaillés. Rares sont les entreprises qui ont un rapport annuel, du modèle de ceux édités par les sociétés cotées (= les agences de communication financière). Il faut donc travailler sur un document brut, sans commentaires, ni fioritures, ni jolies photos…
Première leçon : il faut, en général, retraiter (= corriger) ces comptes de manière à identifier la rentabilité économique réelle de l’entreprise, et non pas la rentabilité fiscale apparente: les frais du dirigeant ; la rémunération de son épouse, le montant du loyer payé à la SCI familiale, etc…. En cette matière, l’imagination des dirigeants est débordante… et nous voyons toutes sortes de retraitements , à ajouter ou à déduire : tel dirigeant ne se paye pas du tout (il est déjà en retraite, par exemple), ou tel autre se paye 800 k€ par an… Je ne vous parle pas de la Bentley de fonction, ou du leasing sur le Porsche Cayenne de Madame, Madame que l’on voit bien rarement dans l’entreprise…(tout cela absolument véridique ;-))).
Seconde leçon : il ne faut pas, toujours, se fier aux comptes.
Félix Rohatyn (ex patron légendaire de Lazard New York) disait récemment qu’il ne savait plus lire un bilan de banque, sous entendant que les comptes de grands groupes financiers sont tellement compliqués, qu’ils ne veulent plus dire grand chose, même pour un professionnel, (ou plutôt qu’ils disent ce que les dirigeants veulent leur faire dire…). Soit. mais les comptes des bonnes PME françaises sont ils fiables ? Notre réponse est, souvent : non.
Dans le cadre d’acquisitions, nous faisons réaliser un audit d’acquisition : en clair, regarder dans les placards et sous les tapis ce qu’il y a vraiment dans la cible.
Souvent, (mais pas toujours… ce métier est passionnant), quelques masques tombent ; nous découvrons alors quelques clients bien mal provisionnés…., ou quelques éléments de comptabilité très créative…quand ce ne sont pas des comptes d’associés débiteurs !.
Une grande règle, très souvent vérifiée, peut être établie : quand les comptes de l’entreprise sont bons (résultats positifs et récurrents, réserves confortables, trésorerie plantureuse voire pléthorique : alors la réalité est probablement meilleure encore ! C’est normal ; le dirigeant, comme vous, ne veut pas payer d’impôt : il utilise alors toutes les ressources comptables pour cacher ses profits.
A l’inverse, si les comptes sont mauvais, alors il faut s’attendre à ce que la réalité de l’entreprise soit bien pire que ce que les comptes présentent. Là aussi, réaction normale et humaine du dirigeant, qui veut pouvoir continuer à emprunter auprès de son banquier, et avoir la bonne note de crédit Banque de France vis à vis de ses fournisseurs : il arrange donc les choses, un peu, beaucoup, dans ses comptes….. pas toujours autant dans la vraie vie
Sinon, la comptabilité serait bien ennuyeuse, non ?
Laurent-Bernard Féral
Associé